Rechercher
  • Sabine RAINARD Éclaireuse

À chacun sa manière de traverser

Mis à jour : mars 23


Ici et partout ailleurs, le 22 mars 2020.


Ce que nous vivons depuis plusieurs jours, nous est "tombé dessus". Non pas qu'on ne l'ait pas vu venir. Plutôt qu'on a pensé dans un premier temps ne pas être concerné, puis peut-être ensuite passer à côté.


Cette aventure est tellement énorme, qu'on a le sentiment de vivre un film de science-fiction. Un truc que l'on n'aurait jamais cru traverser. Tellement invisible et insolite dans sa forme, qu'on peine à comprendre ce que tout cela engendre.


Parce que les conséquences sont nombreuses. C'est là qu'on voit que tout est entrelacé. Et que dans certains cas, il faut le dire, c'est le bordel. Y a des noeuds. Y a du taf pour démêler. Et finalement, on a le temps. On a le temps de prendre chaque bout de fil et du doigt suivre où il va. De patiemment revenir à la Source, à l'origine. Et de vérifier si c'est ok. Si c'est bien ce qu'on a voulu et que l'on veut encore. Si c'est bien en résonance avec qui l'on est. Si c'est juste pour nos proches. Pour les autres. Et pour la planète.


Parce qu'à force de nouer n'importe quoi avec n'importe qui, on se retrouve aujourd'hui avec des situations alambiquées. Des rapports de cause à effet qui nous semblent tout d'un coup surréalistes, totalement dénués de sens, voire complètement fous.


Alors oui, à l'échelle de la planète, cette fois-ci tout le monde est concerné. EN SIMULTANÉ.

Ce qui est inédit, c'est ce côté simultané. Parce que jusque-là, un mec décidait de donner des antibio aux bêtes de son élevage et n'en voyait pas les retombées directement. Il fallait peut-être des mois, des années, pour que ça se voie quelque part. Jusqu'ici, un autre mec détruisait une immense parcelle de forêt pour planter et on pensait que ce n'était rien, que ça ne se verrait pas. Jusqu'à aujourd'hui, une femme réprimandait son enfant en le frappant, et c'était qualifié de "prive". Quels retentissements cela pourrait bien avoir sur le reste ?


Bah là, c'est terminé. Nos actions ont des conséquences immédiates, à l'échelle mondiale, et personne ne peut y échapper.


C'est quelque part difficile de prendre conscience. Même quand on le "savait", même quand on le "sentait", même quand on le "pressentait". Là, on le vit en live. Et on peut expérimenter en direct les effets de nos gestes.


On sort dehors alors qu'on doit rester confiné ?

= On peut potentiellement contaminer 3 personnes si on est porteur.

On continue de se rendre sur son lieu de travail alors que notre job n'est pas vital ?

= On met délibérément sa famille en danger.


Pendant des décennies, on a cumulé les conneries. On savait bien que ce n'était pas gratuit. Ou tout du moins on espérait que ce le soit. On se disait bien qu'on avait une part de responsabilité, un rôle à jouer. On aurait bien aimé que ça continue à "passer", que nos abus soient trois fois rien.


Pendant des décennies, on s'est auto-contemplé dans l'illusion de nos vies, de nos croyances, de nos schémas répétés, de nos envies, de nos caprices... On a voulu coûte que coûte assouvir nos désirs, contrôler, manipuler, jouir. Ce qu'on a fait à notre échelle individuelle (avec nos amoureux.ses, époux.ses, enfants, amis, parents, employés) a eu des retombées collectives (dans les régions, pays, nations, mondes, univers). Ce qu'on a façonné au niveau de l'être s'est répandu à l'échelle de la planète.


Après, faut pas s'étonner qu'un tout petit virus de rien du tout se cale sur l'épaule d'un animal et arrive à régir en quelques semaines le royaume des humains. Qui n'est autre que le royaume du vivant, que l'homme justement s'est approprié, en concertation avec lui-même, en se délivrant l'autorisation d'exploiter, piller, dévaster, saboter.


Alors oui, on est tous un peu azimuté. On fait ce qu'on peut avec qui l'on est. On est perdu, stupéfait, en colère, déprimé, triste, pas concerné... On agit avec prudence, à contresens, à cent à l'heure. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Et c'est pas la peine de juger ceux qui sont partis, ceux qui sont restés. Ceux qui paniquent, ceux qui s'en moquent, ceux qui comprennent enfin, ceux qui comprennent rien, ceux qui savaient déjà, ceux qui sont "sur le pont" et ceux qui sont en retrait.


On est bien petit, c'est confirmé. Pas plus gros qu'un virus invisible, qui oeuvre en silence en bousillant ce qui vit partout où il passe.


Soyons indulgents avec ceux qui n'ont pas encore saisi, avec ceux qui préfèrent encore le déni. Nous n'avons que le choix d'apprécier la situation telle qu'elle est.


Et c'est certainement pour ça que nous allons rester confinés de longues semaines.


Pour que chacun ait le temps de capter et d'intégrer la portée de chacune de ses pensées, de chacun de ses gestes, de chacun de ses comportements, de chacune de ses responsabilités, de chacune de ses actions, à son échelle personnelle et par ricochet à l'échelle de l'humanité.


Je vous aime,

Sabine

109 vues