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  • Sabine RAINARD Éclaireuse

La question n'est pas ce qu'on vit, mais ce qu'on fait avec ce qu'on vit


Lorsque ma fille était petite, elle avait une personnalité très affirmée. Elle faisait preuve d’une grande autonomie et ne supportait pas qu’on l’entrave dans ce qu’elle avait décidé.

De mon côté, j’étais maman pour la première fois, j’avais comme croyance qu’un enfant avait « besoin » de ses parents et que je ne devais pas me laisser déborder. Je m’obstinais donc à la contraindre dans ses élans de liberté.

Cela nous a mené à des conflits durs dans lesquels nous n’étions bien ni elle ni moi. Puis, mon fils est arrivé, avec son caractère doux et facile, il m’a invitée à lâcher. J’ai compris que plus je m’accrochais à ma fille en tentant de lui imposer mes choix, mes méthodes, mon rythme et plus elle résistait.

Qu’est-ce qui importait pour moi ? Le respect, l’amour et la sécurité.

C’était les valeurs que je souhaitais transmettre à mes enfants à l’époque

(aujourd’hui j’ajoute la créativité, la joie et la liberté !).

N’en pouvant plus physiquement et psychologiquement (c’est très énergivore et chronophage de jouer les dictateurs), j’ai tenté une prise de risque (pour moi). Je me suis dit que j’allais lui faire confiance, être présente comme un cadre bienveillant et rassurant et la laisser expérimenter. Tout a changé. Je me suis rendu compte qu’elle était plus épanouie, qu’elle faisait ce qu’elle voulait en respectant les règles que j’avais posées, et que finalement elle empruntait d’autres voies que celles que j’aurais envisagées, en arrivant toujours à réaliser ce qui la portait.

Nous suivons ce cap encore aujourd’hui. J’avoue que j’ai peu à dire. Parfois je rappelle

« mes fondamentaux » lorsque je sens qu’elle va dépasser les limites. Elle est intelligente, elle sait très bien lorsqu’elle va trop loin et réajuste. Plus de dispute, plus de combat, plus de batailles sans fin. Elle a 13 ans, 19,5 de moyenne générale, lit 5 pavés par mois, dessine, passe 10 heures par semaine au Conservatoire. Nous avons confiance en nous et en notre relation. Ma fille est très très autonome, elle gère son emploi du temps et se déplace seule en bus et à pieds depuis déjà longtemps. Parfois, elle me dit qu’elle est allée à la librairie entre deux cours. OK. Elle suit ses envies et ça lui réussit. Pourquoi je voudrais la pister ou la contrôler ? Elle a de bons résultats, elle est à l’heure, elle tient ses engagements, elle est respectueuse (un peu polissonne parfois, heureusement !), elle s'amuse, elle fait ses choix... Bref, elle sait ce qu’elle veut et est alignée.

Et de mon côté, je me sens sereine. Je suis heureuse pour elle et en paix.

Qu’est ce que cette expérience m’a apprise ?

= À lâcher prise.

Si je m'étais acharnée pendant des années, sans vouloir me remettre en cause, le conflit se serait accentué et nous n'aurions pas la complicité que nous avons aujourd'hui.

Ma fille m’a mise face à moi-même et à mon habitude de contrôler le moindre détail de ma vie – et de celles des autres aussi ! Elle m’a poussée dans mes retranchements avec pertes et fracas. Plus je m’accrochais, plus elle me provoquait et plus on souffrait.

Sa nature très libre est un fait.

Cela fait partie de sa personnalité, je n’allais pas la changer.

Qu’est-ce que je pouvais bien faire avec ça ?

Revenir sur mes croyances et mes postulats, lui lâcher la grappe et me lâcher la grappe. C’est pas pour autant qu’elle allait être « mal élevée ». C’était peut-être juste la voie pour qu’elle puisse être telle qu’elle est. Et par effets de ricochet, moi aussi, je suis celle que je suis !


***


En ce moment, nous traversons une période inédite. Un moment déconcertant, qui nous pousse dans nos retranchements et nous invite à changer. Qu’est-ce qu’on veut pour nous ? S’accrocher coûte que coûte à ce qui n’est plus, à ce qu’on a imaginé ou rêvé ?

Ou bien faire avec ce qui est et composer (cf mon article À chacun sa manière de traverser) ?

OK, on avait l’habitude de bouger librement. Mais est-ce que nos déplacements étaient toujours censés ?

OK, on avait l’habitude de travailler comme des ânes. Mais est-ce que ce mode de vie était cohérent avec nos envies (de partages en famille, de proximité avec nos amis) ?

OK, on avait l’habitude de se bousculer, d’aller vite, de se faire violence. Mais est-ce que cette approche était en accord avec notre rythme personnel et nos besoins réels ?

Etc. etc. Vous savez de quoi je parle hein ?

La situation que nous traversons nous oblige à regarder tout ce qu’on faisait (machinalement ou consciemment), tout ce qu’on fait maintenant (de manière imposée par le confinement ou de manière délibérée grâce au confinement) et de voir quels choix on va poser pour l’après.

Je ne dirais jamais assez « Merci » à ma fille chérie de m’avoir fait autant évoluer. Grâce à elle et notre relation, je suis plus cool, plus joyeuse, plus libre que je ne l’étais. J’ai réalisé de nombreuses « prises de conscience ». Une confiance immense est née car elle et moi savons ce qui est bon pour elle, ce qui est bon pour moi, ce qui est bon pour nous.

Il faut parfois un choc, un événement, un pépin, pour arrondir, modifier, transformer ce qui doit l’être. Faisons confiance à la vie pour nous guider là où nous avons à œuvrer pour être pleinement debout.


À bientôt,

Sabine Rainard


La musique qui vibre avec les mots de mon cœur :

She's my Sunshine - Céleste


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