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  • Sabine RAINARD Éclaireuse

Les gens

Mis à jour : juil. 6


Photo Miguel Hyacinthe


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Les gens


Je crois que j’ai quasiment toujours eu peur des gens. Avant mes 5 ans, ça ne devait pas être le cas. Ça l’est devenu après. Je les scrutais, je les ressentais, je les captais. Je ne disais rien mais je n’en pensais pas moins. Je savais beaucoup de choses des autres que je taisais. Durant toute ma vie, j’ai beaucoup senti et observé.

Comme j’ai été trahie très jeune, j’ai vite compris que je ne pouvais faire confiance à personne. Plus tard, j’ai à nouveau été abusée et donc désarçonnée dans le peu d’ouverture que j’avais accordée. J’ai intégré l’idée que les autres font mal et que s’ouvrir, se livrer, laisser entrer l’autre dans son intimité est dangereux.

Sans trop en avoir conscience, j’ai avancé camouflée. Je me suis clairement peu investie dans les relations amicales, amoureuses, professionnelles, pour ne pas être déçue et ne pas laisser plus de chemise ou de plume que jusqu’alors. La sympathie avec un fond de distance, voire de froideur est la recette magique pour rester en retrait et ne rien risquer.

J’ai même tenté la solitude. Protection garantie. Pas vu, pas pris. Avoir peu de connexion avec les gens et vivre cachée est d’une certaine façon confortable. Et d’une autre manière très déplaisant. Parce que le face à face avec soi-même matin/midi/soir finit par être lassant.

Bref, j’ai jamais vraiment su y faire. Trop près, tellement loin, si seule.

J’ai compris ce qui se joue dans les relations. Il s’y joue la vie. C’est con finalement. Parce que c’est à travers l’autre que l’on découvre beaucoup de soi. C’est en partageant, que l’on se voit. Je n’en veux plus à personne. Les gens peuvent être qui ils sont. Je n’ai plus de colère, d’amertume, d’agacement. Si ces quelques sentiments me rencontrent parfois, c’est pour quelques secondes. J’arrive à voir au-delà de ça. Au-delà de moi. Au-delà de nous. Je vois que nous sommes tous les mêmes. Dans nos contradictions, nos emmêlements, nos frissons. Tous les mêmes dans nos fragilités, nos rêves et nos difficultés. Tous les mêmes lorsqu’on fait l’amour, qu’on pleure, qu’on court. Tous les mêmes et y a pas à juger. Parce qu’on a tous, dans cette vie ou une autre, été ivre, injuste et déglingué. Autant qu’on a été et qu’on sera lumineux, éclatant et aligné.

Tout ça pour dire que je suis prête à aller dans le monde, à me frotter et rencontrer le monde. Plus besoin de me blinder, de faire semblant. Je choisis ce que je veux vraiment. Parce que la vie est dans le monde, pas à côté. Parce que la vie c’est trouver sa place dans, avec, au cœur des gens. Parce que finalement quand on dit qui on est, les autres peuvent aimer ou s’en aller, et qu’on peut en faire soi-même autant. Parce que finalement, quand on sait qui on est, il ne peut rien nous arriver, à part aimer et s’aimer vraiment.

À tous ceux qui, comme moi, ont peur d’aller au contact des autres, de se livrer ou de s’engager, je propose de prendre une grande respiration et de plonger. On mourra certainement plus vite de n’avoir pas aimé, plutôt que d’avoir embrassé et goûté le présent avec les gens. Il n’y a aucun enjeu, sinon celui d’être pleinement.


Je vous embrasse,

Sabine

Mais je t’aime – Grand Corps Malade & Camille Lellouche

Malice de la vie, on n’embrasse plus en ce moment et les têtes-à-têtes se font à travers le plexiglas. Création de PLEX’EAT par le designer Christophe Gernigon / Idée particulièrement adaptée à cette période post-covid http://www.leparisien.fr/video/video-paris-un-restaurateur-met-ses-clients-sous-cloche-27-05-2020-8324844.php

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