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  • Sabine RAINARD Éclaireuse

Un échec réussi

Mis à jour : mars 23



Y a des fois où ça passe pas.

Y a des fois où l'on vit un moment spécial, un évènement particulier. Où l'on relève un challenge, on rencontre une difficulté. Où l'on décuple ses talents, on s'exprime comme on l'a jamais fait. Bref, où l'on croise un contenu inhabituel dans un temps inaccoutumé qui nous met dans un état singulier.


Après avoir vécu ces fois là, on pourrait être doux avec soi, se féliciter, se sentir fier.e, revigoré.e, se sentir confiant.e, unifié.e, se dire "c'était nouveau, c'était ardu, c'était pénible, c'était excitant, c'était impliquant, c'était épanouissant... et je me remercie d'avoir trouvé l'élan, la patience, les compétences, la joie (et que sais-je encore) pour traverser ça".


Après ces fois-là, on pourrait se dire : "d'accord, ça ne s'est pas déroulé comme je l'avais espéré, ça ne m'a pas apporté ce que j'avais envisagé, ça ne m'a pas comblé comme je l'aurait souhaité... et alors ? Peu importe puisque je l'ai fait".


Souvent, si on regarde bien à l'intérieur de soi, on sent qu'il y a un petit quelque chose qui est chiffonné, un grain de sable tout minus qui s'est immiscé, un truc qui n'est pas bien net et qui gêne un peu, une page qui est entrouverte et qui n'arrive pas à se fermer.


On n'aime pas ces ressentis parce que ça a l'air de rien et finalement ça prend de la place, ça gratouille, c'est pas clean. On a envie de continuer sans y prêter attention. "Quoi, j'ai pas digéré un grain de quinoa ? Non, non, j'crois pas".


Et puis, si on est un peu courageux (se regarder demande toujours du courage), on va observer de plus près et on fait un état des lieux. Quelle est ma déception ? Quelles étaient mes attentes ? Qu'est-ce qui déclenche ce sentiment d'inaccompli en moi ? Pourquoi je me sens nul.le ou pas assez ? Pourquoi je n'arrive pas à me réjouir ? Qu'est-ce que je ne surviens pas à dépasser ?


Et puis, on peut en parler. Raconter ce que l'on a vécu et comment on l'a vécu à une personne bienveillante et sans lien direct avec le sujet permet de se libérer. Cette personne va savoir, de manière simple, reprendre les faits et les éclairer.


La situation que je décris nous est tous arrivée un jour.

Une mauvaise note à l'école alors qu'on avait bien révisé, un concours manqué de justesse alors qu'on y croyait, un divorce alors que l'on avait tout donné... la liste de ce que l'on peut considérer comme "des échecs" est longue à l'échelle d'une vie. En même temps, la notion d'échec est personnelle. Le même évènement peut être considéré comme une réussite pour certains et comme un échec pour d'autres. Sincèrement, vit-on ce que l'on vit pour "qualifier" et "noter" ces moments ? Est-ce que le message ou le fruit ne se cache pas ailleurs que dans le résultat escompté ?


Ce titre "Un échec réussi" est arrivé tout-à-l'heure et vient clôturer un épisode que j'avais perçu comme un "échec" et que je n'avais pas encore digéré.


- Passage en mode vulnérabilité -


Je suis heureuse car je viens de dissoudre une expérience a priori extraordinaire, qui m'avait laissée un goût amer. Il s'agit de la parution de mes trois livres. Aventure aussi inattendue qu'insolite. La collaboration ayant été très chaotique avec mon éditeur, j'avais sous la semelle ce petit caillou qui gêne et qui malgré le fait que les chaussures soient belles et remarquées, m'empêchait d'avancer sereine.


De l'extérieur, publier trois livres en 6 mois peut être qualifié de "réussite". À l'intérieur, une part de moi était comblée d'avoir entrepris et réalisé une telle mission et une autre part était vraiment triste et peinée que cette histoire se soit déroulée ainsi. Parce que je dois le dire, j'ai eu le sentiment d'avoir exprimé tout ce que je suis, j'ai travaillé très dur sur l'écriture de ces autobiographies et j'ai eu la sensation d'être malmenée et incomprise par une industrie mercantile peu respectueuse.


Je crois aussi que foncièrement je m'en suis voulue. Car j'ai eu l'intuition que cette collaboration ne serait pas juste pour moi, qu'elle ne s'installerait pas dans la confiance et la sécurité. Et que j'y suis allée, sans m'écouter. C'est surtout ça que j'ai eu du mal à me pardonner. Ce que l'on considère comme échec est souvent un pardon que l'on peine à s'accorder. Un sentiment de honte, d'embarras ou de culpabilité qui ne nous lâche pas parce qu'on n'arrive pas à le transformer.

Quoiqu'il en soit, sur ce dossier, je suis en paix. J'ai réussi à regarder les deux faces de la pièce et à les intégrer. J'ai vu la face lumineuse et la face sombre de cette expérience. Reconnues et absorbées. Finalement, la réussite se trouve juste ici, dans ce que j'avais étiqueté "échec".


À chaque étape, épreuve, épopée, prenez le temps de regarder la pièce et ses deux côtés. Le tout blanc ou le tout noir n'existent pas. Si vous observez bien, c'est plutôt du gris coloré.


Photo : Miguel Hyacinthe Photographies


La musique qui vibre avec les mots de mon cœur :

Patrick Watson - Melody Noir


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